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17.01.2007

A Emile Granger...

J'ai connu le Père Emile à 16 ans et demi, inopinément pour ne pas dire providentiellement. Errant sans domicile dans les rues de la cité stéphanoise, je cherchais un refuge.

De manière inattendue, j'ai frappé à la porte d'une paroisse, presque au hasard, et suis tombé sur le Père Emile Granger. C'était sur lui qu'il fallait tomber, le seul prêtre de la ville accueillant des "jeunes", chez lui, sous son toit.

Emile était un homme toujours occupé. Occupé par les autres, les "gars", ses "gars" dont personne ne voulaient, lesquels allaient et revenaient de prison, en manque de lien, en manque d'amour, en manque souvent de Père.
Emile était le père à tous, le refuge, le repère.


Celui, qui tout en parlant avec vérité, gardait intact son amour et sa considération. Nous étions souvent réveillés par du chahut dans la rue, des bris de vitre dans la chambre d'Emile par des gars qui rentraient éméchés en poussant leurs cris de mal de vivre. Emile supportait des injures, des crises d'angoisse, et partait souvent rechercher ses gars au commissariat.

Par mille petits gestes, petites touches et retouches, ce passionné de psychanalyse, ce théologien de la souffrance et du lien, oeuvrait au grand Oeuvre en silence, travaillait à redonner de l'espoir et de la confiance à ceux que la vie avait défait et meurtri, dont la défaite et les meurtrissures lui évoquaient sans doute...celles d'un Autre, si proche en toute détresse.

Emile m'a tout de suite ouvert sa bibliothèque, son coeur, sa gentillesse. Il m'a aidé à trouver un logement à Lyon, m'a appuyé dans mes démarches avec le juge des enfants et la Dass.

Mais surtout il a rayonné d'un exemplarité extraordinaire, d'un christianisme pratique, d'une sainteté du quotidien qui jusqu'à nos jours m'étonnent et m'inspirent.
Comme ils doivent inspirer silencieusement la vie de nombre de "ses jeunes", dont il avait tant de bonheur à baptiser les enfants. Je me souviens alors de son rire saccadé et de ses petits yeux intenses et émus que cachaient mal ses lunettes à gros verre et son allure de grand déguingandé à la tignasse rebelle. Curé en jean, proche et familier, il m'évoquait pourtant quelque chose de sacré, une sorte de piété en action, qui ne se payait pas de mot, mais "se risquait" dans la vie malmenée de cet intellectuel, malmenée par la douleur des autres...une piété pugnace et rétive à l'échec, toujours prête à l'ultime pari de la confiance et de la vie.

Les cafetiers du coin, les petites dames, les commerçants, les fidèles, tous ne comprenaient pas bien Emile et sa vocation d'accueil, mais tous le considéraient, et parfois lui glissaient des mots et des enveloppes complices.

Emile, Père Emile, puisses-tu être gratifié d'une place au paradis. Non pas le paradis des bienheureux, car je sais que tant qu'un être sera en souffrance tu ne t'y plairas pas, mais le paradis des serviteurs de Ton Seigneur, celui des gardiens du monde, qui veillent dans nos coeurs et nous parlent de Lui, en nous poussant vers les autres, vers le don de soi, dans des gestes simples. Comme tu l'as si souvent fait pour nous tous.

H. Aslafy

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medium_couv_Emile_Granger.jpg"Nous avons vu que l'Absolu tendait à faire mourir le relatif, que les hommes naturellement en viennent à absolutiser ce pour quoi ils meurent et font mourir. Il y a là une source de courage indéniable. Mais aussi bien des drames et des horreurs. Il se trouve que le dogme chrétien affirme l'Incarnation, à savoir que le crucifié du Golgotha était Dieu. Nous butons sur un scandaleux renversement: c'est l'Absolu qui meurt pour le relatif, et non l'inverse...(...) Cela nous invite à ne pas trop vite tout sacrifier à nos causes, même légitimes. Pour autant, il ne s'agit pas de se démobiliser. Il reste possible, pour le relatif, de donner sa vie..." Emile Granger