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02.02.2007
Charles Juliet

Charles Juliet a marqué ma période lyonnaise, plus précisément mes 17-18 ans. Je vivais alors dans une petite chambre de bonne, pas loin de la place Bellecour...
J'ai traversé tant de jours et de nuits à la lumière de ses écrits.
J'ai partagé avec cet auteur si fraternel, une sorte de polyphonie d'être, de palpitation synergétique et intime, une solitaire et austère complicité d'exigence pour débusquer, sous les pierres lustrées des communes évidences, les éclats bruts du Réel.
J'ai aimé cette ascèse du regard, ce souci du dépouillement de soi - au sens des scories du moi - pour mieux accueillir le monde.
J'ai communié avec lui dans cette consumation intérieure qui habite et travaille son oeuvre. Avec lui, j'ai élagué le superflu, les distractions, convoqué l'angoisse et la mort pour enrichir la densité du présent.
Pour en extraire un jour, peut-être, un jus d'écriture pailleté de silence et de feu.
Dans le même temps je fréquentais les sentiers de Gurdjieff. Mais je trouvais chez Juliet plus d'intimité et moins d'esbroufe, et pour tout dire une vérité d'être plus fragile et plus vraie. J'ai cheminé longuement dans les volumes denses de son journal, dans les allées vivantes et feuillues de son écriture.
Et parfois, soudain, nous rencontrions l'évènement boréal : les mots et les phrases cascadaient d'une souriante source, éclaboussant d'une joie sans objet la pesante banalité des matins lyonnais.
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