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05.12.2007

La Blessure ?

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La semaine prochaine, nous allons, avec quelques membres de ma famille venus spécialement d'Espagne, récupérer à St Etienne ce qu'il reste du corps de ma mère, décédée en 1964. Nous nous rendrons ensuite tous en Espagne, à Lorca près de Murcia, pour procéder à son installation dans le caveau familial, auprès de son père et de sa mère - mes chers grands parents.

1d59a37b1ccfa0bb59cb4c0f0cbd1510.jpgJe n'ai pas connu ma mère qui a disparue un an après m'avoir mis au monde, dans la fleur de ses vingts ans. Le récit de sa mort par hémorragie, suite à une fausse couche, dans un service d'urgence de St Etienne est un cauchemar. Comme c'était souvent le cas pour les émigrés espagnols et marocains à l'époque, elle eut à subir le mépris et l'indifférence du personnel hospitalier, et l'attente d'une intervention fut telle, en dépit de la mobilisation de la famille, que ma mère eut le temps de se vider de son sang et de mourir les yeux ouverts.

Quand ma tante, qui était présente m'en fait le récit, ses pleurs tremblent d'indignation et de colère. Combien de ces drames horribles du silence ont marqués le quotidien de tant d'émigrés polonais, italiens, espagnols, arméniens, maghrébins, portugais ?

Mon père m'a ensuite confié à ma famille espagnole, et j'ai passé plusieurs mois en andalousie, dans l'attente de son remariage avec une marocaine de Casablanca.

Plusieurs points sont frappants dans cette histoire, cette mienne histoire si longtemps reléguée au large de ma vie, et qui me reviens aujourd'hui avec tout son pathétique et sa vrille douloureuse, dans un moment intense de travail et d'évolution personnel.

Je suis heureux d'en remettre à jour l'émotion, d'en réactiver la douleur et la tristesse. Une boule de souffrance et de manque de cette présence maternelle existe depuis toujours en moi. Je peux l'éprouver aujourd'hui, la pleurer et la vivre sans mots. Je l'accueille également avec ma maturité et ma force pour lui donner du sens. Je sais que je dois faire avec ce manque, cette blessure et cette douleur, et les prendre en compte pour que mon travail spirituel soit authentique.

- J'ai depuis quelques jours des pointes de lancement au nombril, qui me réveillent parfois la nuit. Comme si se réactivait en moi mon lien ombilical maternel.

- Ma mère a été inhumée dans un cimetière situé à deux kilomètres à peine des deux cités populaires ou s'est déroulée mon adolescence. Hors je n'en ai rien su ! Mon père m'a caché cette présence-absence maternelle, alors que nous contournions d'innombrables fois le cimetière en voiture, seuls tous les deux en nous rendant au potager familial. Pourquoi ne m'en a-t-il pas parlé ? Ou la mort de mère cache-t-elle une blessure qu'il ne souhaitait pas m'ouvrir ?

- Ma mère est aussi présente en moi comme un talisman spirituel et une icône intérieure. J'ai senti très concrètement en de nombreuses occasions, son amour et sa protection par delà les limites ordinaires de la réalité. Je l'ai souvent invoqué, enfant, dans ma vie douloureuse de maltraitance, entre les mains d'une femme hystérique et perverse. Elle ne m'a jamais abandonné.

Je suis touché par cette possibilité providentielle de lui rendre hommage et de faire avec elle ce voyage de retour vers nos andalousies familiales et spirituelles.